Du Shanzhai à Shenzhen

Shanzhai

Dans la culture populaire chinoise, le Shanzhai est un village reculé, enfoui dans les montagnes, où des brigands avaient recréé une forme de société, loin des règles de l'empereur. Aujourd'hui le terme désigne surtout l'industrie de la contrefaçon chinoise
Ching Shih, pirate chinoise (1725-1844)

Les règles du Shan Zhai

Ne jamais partir de zéro. Construire à partir du meilleur de ce qui a déjà été fait par d'autres 
Adopter un processus incrémental d'innovation par petites étapes afin de maximiser la vitesse et les coûts
Partager autant que possible afin de faire connaître votre valeur par les autres et ajouter de la valeur au processus
Vendre avant de fabriquer
Agir de manière responsable avec les acteurs de la chaîne d'approvisionnement pour préserver sa réputation

Comment expliquer le succès des Shan Zhai ?

  • Pas d'investissement dans la recherche et développement : les produits sont copiés par rétroingénérie, puis produits avec des composants moins chers sans respecter ni normes ni régulations
  • Mise à profit de stratégies d'innovation incrémentale : créer un nouveau service en s'appuyant sur des services existants

Du Shanzhai...

De plus en plus, [le Shan Zhai] laisse la place à des industries légitimes... nées sur le terreau de la contrefaçon. Ainsi, affirme Clément Renaud, auteur de l'article dans le Pirate Book :
« La copie, la contrefaçon et le recyclage d'inventions préexistantes a contribué, non à détruire les industries préexistantes mais à les optimiser. Et surtout, elle a permis de former des milliers de fabricants chinois, tout en créant une économie locale tout à fait florissante. »

... aux « Makers »

« Between 2008 and 2013, the number of hackerspaces in existence across regions doubled from an estimated 400 to over 1,000. Hardware start-ups that identify with the so-called maker movement have experienced significant economic success. [...]

In the broader imaginary, all of these developments—the rising number of hackerspaces, successfully funded hardware start-ups, and the expansion of maker events—are indications of a global maker movement.

Publications like Make Magazine or the book ‘‘Makers’’ by Chris Anderson (2012), former editor-in-chief of Wired Magazine, have been crucial in instilling an imaginary of maker culture that promises technoscientific innovation by enabling new forms of citizen science and democratizing technology production (Currie Sivek 2011; Kera 2010). These publications promote ‘‘making’’ rather than ‘‘hacking,’’ in part to avoid connotations of illegality and cyber crime, and to remain open to funding agencies, and broadly articulate inclusivity (Lindtner, Hertz, and Dourish 2014). The promises of a better integration of society, the economy, technology, and science are roped into a powerful vision of change, drawing media attention, political and corporate interest, and investment. »
“Making” is often celebrated as a method that might revitalize industrial production in Western knowledge economies. In reality, this is not a straight-forward or easy process. Many hardware start-ups face difficulties in transitioning from hobby to professional making and manufacturing. A number of businesses have tried to capitalize on these difficulties by providing maker-entrepreneurs with an access to manufacturing in China. ​ [...] ​

In the last years, there has been a growing interest in the potential impact of a so-called “maker” approach to technological innovation, education, and economic growth. “Making” is thought to enable a move from tinkering and play, to prototyping and entrepreneurship and, finally, to help revive industries and sites of manufacturing lost due to histories of outsourcing. Making is drawing investment from governments, venture capitalists, and corporations around the world.

De MADE IN CHINA à CREATED IN CHINA

MADE IN CHINA

« A ses débuts, Apple n’allait pas chercher très loin pour trouver des solutions industrielles. Quelques années après le lancement du Macintosh, en 1983, Steve Jobs rappelait à qui voulait l’entendre qu’il s’agissait d’“une machine fabriquée en Amérique”. Jusqu’en 2002, à peine deux heures de route séparaient le siège de l’entreprise, à Cupertino, de l’usine qui produisait les iMac, à Elk Grove, en Californie. Mais en 2004, Apple faisait déjà largement appel à des fabricants étrangers. Ainsi en avait décidé l’expert en logistique de l’époque, Timothy D. Cook, qui a succédé à Steve Jobs à la tête du groupe en août dernier, six semaines avant le décès du fondateur.
En 2004, la plupart des autres cons­tructeurs électroniques américains avaient déjà délocalisé leurs activités et Apple, qui traversait une mauvaise passe, voulait saisir toutes les opportunités. L’Asie était certes attractive parce que sa main-d’œuvre semi-qualifiée était meilleur marché. Mais ce facteur ne fut pas décisif. Pour les entreprises technologiques, le coût du travail est minime par rapport à ceux des composants et de la gestion des chaînes d’approvisionnement qui intègrent les composants et les services fournis par des centaines de sous-traitants. Pour Tim Cook, l’intérêt de l’Asie “se résume en deux points”, explique un ancien haut responsable d’Apple : les usines asiatiques sont capables ­d’“adapter plus rapidement leur capacité de production” et “leurs chaînes d’approvisionnement ont supplanté tout ce qui existe aux Etats-Unis”. De ce fait, conclut-il, “nous ne pouvons plus être compétitifs”. »
« “Toute la chaîne d’approvisionnement est maintenant en Chine”, confie un autre ancien dirigeant d’Apple. “Il vous faut un millier de joints de caoutchouc ? Vous les trouverez dans l’usine d’à côté. Un million de vis ? C’est dans l’usine au coin de la rue. Vous voulez que cette vis soit façonnée un peu différemment ? Ce sera prêt dans trois heures.”

Huit heures de route séparent l’usine de découpe de verre du complexe industriel où est assemblé l’iPhone [le Parc scientifique et technologique de Longhua, à Shenzhen, dans la province du Guangdong]. Ce complexe, surnommé Foxconn City, a achevé de convaincre les dirigeants d’Apple que la Chine pouvait fournir des ouvriers – et une réactivité – avec lesquels leurs homologues américains ne pouvaient pas rivaliser. Car rien de comparable à Foxconn City n’existe aux Etats-Unis. ​

Ce parc industriel emploie 230 000 personnes, dont beaucoup travaillent six jours par semaine et passent jusqu’à douze heures d’affilée à leur poste. Plus d’un quart d’entre elles sont logées dans les dortoirs de l’entreprise et beaucoup gagnent moins de 17 dollars [13 euros] par jour. Lors d’une visite, un représentant d’Apple arrivé à l’heure du changement d’équipe s’est retrouvé bloqué en voiture au milieu d’un flot d’ouvriers à pied. “C’est quelque chose que vous ne pouvez pas imaginer”, raconte-t-il. »

COPYRIGHT vs RIGHT TO COPY ​ ​

« [...] many Shenzhen factories have adopted a model of open source sharing in order to lower production costs. They have informally organized a peer to peer database for sharing hardware design schematics and the bill of materials (BOM), a list of materials used in manufacturing a particular product. The open sharing of these resources allowed the factories to lower production costs to stay competitive in a global market. ​ This form of open source manufacturing has co evolved with the formation of new production sites, including, for example, counterfeit/copycat design houses. Over the years, these copycat productions have adopted their process and moved beyond simply copying popular brands such as Nokia or Apple. Today they often produce new, consumer specific products such as mobile phones with additional features tailored to particular customer segments or location specific demands.  »

CREATED IN CHINA

« En 2004, la municipalité de Shenzhen a annoncé son ambition de construire une “capitale du design créatif” sous le slogan “From ‘Made in China’ to ‘Created in China’” [“De ‘Fabriqué en Chine’ à ‘Créé en Chine’”]. Peu après, une subvention de 300 millions de yuans a été débloquée pour soutenir les start-up créatives, et en 2008 Shenzhen est devenue la première ville chinoise à rejoindre le Réseau des villes créatives de l’Unesco en tant que “ville du design”.

Par comparaison, à Shenzhen, les seules agences de design emploient 100 000 personnes, auxquelles il faut ajouter les créateurs de mode et de bijoux, les architectes, les urbanistes, les travailleurs indépendants et les designers industriels employés dans les usines. D’anciens bâtiments industriels ont été transformés en centres de création, et comme ils ne sont généralement pas situés en centre-ville, il est facile et peu onéreux pour les jeunes designers d’avoir un lieu où travailler et collaborer. La municipalité a créé des maker spaces, une initiative également soutenue par le V & A. Les écoles de Shenzhen ont introduit l’art et le design créatif dans leurs programmes, ajoute Luisa Mengoni, et [l’application mobile] WeChat (ou Weixin) est devenue une importante plateforme de vente virtuelle pour les créateurs de Shenzhen. »

Cycle de production Shenzhen

For now, what makes Shenzhen unique as a manufacturing hub is its ability to accommodate everything from the serious to the silly, from the experimental to the sustainable, from devices that alleviate poverty to gadgets that grab headlines. When we asked Zhang about the cultural DNA embedded in the products coming out of Shenzhen, he replied, “Products made in Shenzhen have a hundred percent Chinese DNA and a hundred percent Western DNA. A hundred percent Western because, even if they’re made in China, they are consumed by the world.”